Tout a un commencement

Tout a un commencement
J'aurais pu essayer de faire quelque chose pour marquer le coup - un joli article, par exemple, quelque chose de bien qui donne envie d'aller sur mon blog.
Mais j'ai la flemme.
Aussi, pour ouvrir ce blog, tout ce que je présente, c'est un petit article court et laid.

Ce blog, ça va être ce que j'écrirai, ce que j'ai écris et ce que j'écris.
Ce blog, ça va être ce que je penserai, ce que j'ai pensé et ce que je pense.
Ce blog, finalement, ça risque d'êre un peu bizarre. Enfin bref, bienvenue.

# Posté le vendredi 11 janvier 2008 16:04

Modifié le dimanche 13 janvier 2008 12:29

Et voilà ce que je propose pour commencement

C'est un vieux texte, dépoussiéré de la multitude de documents que je conserve dans l'ordinateur. ça date d'il y a longtemps; on peut dire que c'est ça le début.



J'attendais dans les ténèbres de la nuit noire ma convocation au Grand Tribunal. Mon souffle formait des petits nuages, mes pieds étaient gelés dans la neige. On était seulement au milieu de novembre, mais la neige couvrait déjà les plaines ; je pensais à la mort de mon Clan.
Je sais que c'était parce que je les avais trahis, mais c'était leur faute. C'étaient eux qui m'avaient insulté, c'était eux qui m'avaient haï, c'étaient eux qui m'avaient frappé et j'étais si faible que je ne pouvais pas me défendre contre leurs attaques.
Qu'avais-je fait ? Je m'étais vengé.
J'étais encore sur ces pensées quand on m'appella et me conduisit à l'intérieur. Revenant à la réalité, j'entrais dans la Chambre des Justices.
Le Tribunal entier était là ; un petit Halfeling attendait sur sa chaise d'être appelé. Une cacophonie de voix m'accueillit ; voix des magistrat, du juge et du public qui était là. Ces voix m'accusaient, et c'était comme une Tempête enragée qui hurlait en mon âme.
Dès que le juge me vit, il usa de son autorité pour ramener le silence. Mais ce silence que j'avais espéré quelques secondes plus tôt était encore pire que le bruit d'avant : c'était un silence lourd des accusations non-prononcées, des reproches non-dits, des malédictions non-formulées...C'était peut-être ce qu'on appelle remords, mais maintenant je crois que je n'y pense même pas.
Une second après, qui me sembla être une éternité de souffrances, le juge dit : «Lomyr, par les lois des Halfelings, vous devrez nous conter votre version des faits. »
Silence. Tout le public me regardait, et, pour cette fois, je dois m'avouer avoir été effrayé par la conséquence de mes actes.
« Je connais tes lois, juge, et je vous conterais ma version, mais avant, je vous mets en garde: vous pourriez ne pas me comprendre, car vous ne voyez pas avec mes yeux ». J'avais parlé d'une voix calme et assurée d'un homme qui a déjà tué et vit joyeusement avec.
Silence. Cette fois, c'est le public qui semblait effrayé.
« Le clan entier me haïssait. Personne, même le plus jeune enfant, n'était amical avec moi. J'étais faible, et le reste du Clan était fort. Mais d'abord, ils étaient jaloux : j'étais agile, et eux disaient que c'étaient parce que j'avais à grimper vite les arbres quand il me pourchassaient »
« En d'autres mots, ils se moquaient de moi, parce qu'ils étaient plus forts, plus rapides et plus nombreux que moi. Je savais que si je demandais justice, je serrais banni, et j'étais si faible que je ne pouvais pas survivre plus de trois jours seul. »
« Donc j'ai décidé de faire justice moi-même, et c'est pourquoi ils sont morts désormais.»
J'ai ri. Je m'en souviens, c'était un long rire, plein de souffrance pour qui essaierait de stopper la justice de ma lame...
Désormais, tout le monde dans la salle semblait apeuré, et le regard effrayé du juge sera toujours pour moi une source de satisfaction. Ils voyaient enfin que je n'était pas un assassin pathétique mais une invisible mort volant au dessus de leur tête - telle une épée de Damoclès.
Silence. Alors le juge me demanda d'une voix blanche :
« Vous nous avez dit pourquoi vous les avez tués, mais pas comment. Parlez. »
« Comment ? »ai-je dit après quelques secondes. « C'était vraiment simple, j'ai juste eu à aller chercher une tribu d'Orcs, et quand je fus de garde, je les laissa entrer. Dans les ténèbres personne ne vit les Orcs venir. Je les ai laissés tuer et brûler le Clan, et quand ils eurent fini, plus aucun des miens n'était vivant. Toute la nuit j'ai entendu les cris et les lamentations. C'était pour moi tel un chant accueillant une nouvelle vie. Une nouvelle vie commençant par le sang et la mort.
Silence. Puis le juge dit :
« Donc vous ne niez pas ces actes ? »
« Pourquoi devrais-je nier ces actes ? »
« Donc vous êtes coupable, » dit le juge, « d'avoir trahi et tué votre Clan »
« Bannissez-le ! »
Ces mots furent comme un départ pour la colère de la foule, mais ses paroles ne m'affectait pas. C'était pour moi comme le murmure du vent.
« Par mon autorité et par les lois des Halfelings, vous serez désormais nommé Lomyr le Sans-Honneur, Lomyr le Banni »


J'étais seul. Tout seul.
Par six mois j'ai parcouru ce monde. La route était ma demeure et l'exil était ma vie. J'était un homme sans Clan, une erreur de la Nature. J'ai tué pour vivre et j'ai vécu pour tuer. Je n'était pas plus qu'un perdant, comme tous ces voleurs sur les routes. Je n'était pas fier d'être d'entre eux, et mon âme aspirait à une autre vie, une vie où je serais craint et respecté.
Et ma Nuit est venue.
Une fois que j'étais dans une ville, nommée Farl, je vis des choses que d'autres regretteraient de voir. Mais pas moi.
Comme le vent, se mouvant silencieusement, il sautait d'un toit à un autre. Ses mouvements étaient pleins de grâce, et des fois la lumière de la lune brillait sur une petite lame. Je le suivit, me cachant pour ne pas troubler l'homme en l'admirant.
Mais il s'arrêta. Avec le calme d'un vrai assassin, il prit sa lame et fit un petit trou dans une proche fenêtre. Il était plus grand que sa main, mais pas tellement. Il ouvrit la fenêtre, et entra dans la chambre. Pas un pleur, pas une voix ou autre chose - une seule chose changea: il y avait désormais du sang sur son épée, je l'ai vu quand il sortit de la maison.
Mais il me vit. Le tueur avait vu le Halfeling, le petit Halfeling dans ses ténèbres. Et, comme un démon, ou un cauchemar, il vint. Silencieux, avec grâce, il vint avec le calme et la distinction d'un vrai assassin. J'avais des problèmes.
Ma vie aurait pu être finie si je ne l'avais pas vu. Il avançait, silencieusement, et maintenant il était près de moi. Je ne pouvait rien faire en cet instant, j'étais paralysé. C'est pourquoi je hais la magie, elle fait faire des choses que les gens ne veulent pas faire.
Mais l'assassin était en face de moi, son épée dégainée, et la mienne ne l'était pas. Il aurait pu me tuer si il voulait. Le magicien m'approchait la mort.
Je suis toujours vivant, et c'est parce que il ne m'a pas tué. Non, l'homme, avec tout le pouvoir qu'il avait, dit un mot.
« Viens. »
Ce mot, ce simple mot, était le plus empli d'autorité que je n'aie jamais vu, et je ne pouvait y désobéir. Je suis allé vers lui.
« Suis-moi. »
Deuxième ordre dont je ne pouvais aller à l'encontre, non plus. Je l'ai donc suivi dans les rues de Farl. Et comme je n'étais pas de Farl, je fus rapidement perdu. Alors, encore une fois, il ouvrit la bouche et me donna un autre ordre.
« Ne regarde pas. »
Et j'ai fermé les yeux, et inconsciemment, je le suivais. Les dédales ne furent plus qu'une succession de pas.
Puis, après un moment, Il dit la première phrase autre qu'un ordre depuis que je l'avais vu.
« Tu peux ouvrir les yeux , maintenant. »
« Où m'avez vous emmené ? » avais-je demandé, rapidement.
« Tu es dans les quartiers généraux de la guilde des voleurs »

Je n'étais pas dans les quartiers généraux comme un Voleur, mais comme un Etudiant. En fait, je crains qu'il ne saisissaient pas l'utilité d'un prisonnier. Mais je dois vous conter mon histoire. Sachez que la porte a droite était la porte du Maître de la Nuit –tous les hommes ont besoin d'un nom grandiloquent.
Ils m'avaient fait entrer parce que j'avais suivit un de leurs hommes sans être vu. En fait, l'homme que j'ai vu était u recruteur, un voleur faisant du petit travail et « recrutant » les hommes qui pouvaient le suivre.
Je me suis rapidement amélioré, et mon noviçat finit seulement un mois après que je fut entré dans la guilde de voleurs. La honte que j'infligeais aux « purs », voleurs, fils de voleurs, était pour moi un grand amusement.
Seulement un an après, j'était le deuxième de la guilde, le meilleur voleur, après le Maître de la Nuit. La nuit était mon empire autant que j'étais le premiers des assassins de toute cette guilde. Mais second ne m'était pas suffisant.
Ma lame eut une réputation de silence, de mort et de sang ; quand je commençais à tuer, je revoyais les Orcs brûlant le Clan. Et, devant ce carnage, je tuais un homme, peut-être un innocent, mais maintennant je n'en avais plus rien à faire.

Et le Jour est venu. Ma première entrevue avec le Maître de la Nuit était ce jour. Seuls les meilleurs d'entre nous pouvaient le voir, et nous étions peu à avoir vu ce Maître de la Nuit.
Maintenant, je me dis qu'il doit y avoir autant de Maître de la Nuit que de Taverne du Lion dans ce monde, ou un « grand élu » derrière chaque Guilde. Mais j'étais jeune, et facilement impressionnable, et de savoir que notre chef était le meilleur d'entre nous m'étais tel un grand honneur –mais ce mot n'a plus de sens pour moi maintenant.
Mais je ne savais pas tout. Je suis entré avec tout le calme que l'excitement ne pouvait stopper.
Quand je fus à l'intérieur, le Maître ferma la porte. Il était vieux – plus vieux que tous ceux de la guilde. L'homme avait un regard mauvais, et l'ire dans ses yeux innommables me fit un peu peur.
Et il parla. Sa voix était étrange, comme vieille et morte, et elle semblait maudite par les Ages.
« Lomyr, le meilleur des siens. »
Il semblait satisfait par ceci, et, avec un vieux sourire, plein d'autosatisfaction, et sa voix âgée de parler, encore.
« Tu est très fort, Lomyr, et ta lame me fait honneur. »
« Ce mot n'a pas de sens. »
J'avais dit ces mots, et ils n'étaient pas mensonges. Mais certains hommes ne peuvent être satisfaits par eux-mêmes, ils ont besoin de personnes pour les admirer. Cette sorte est tellement pathétique.
« Ne parle pas avant que je ne t'en donne l'ordre ! »
Cet homme avait des problèmes, et maintenant je me dit que c'est meilleur pour lui qu'il soit mort. La rage dans sa voix me surpris, et durant la conversation je lui lançais des regards pleins de menaces. Je haïssais le Maître de la Nuit.
« Voilà qui est mieux. Ne me sous-estimer pas est la première règle dans cette guilde .»
En plus de tous ces vices, il était arrogant. Ce Maître de la Nuit et moi ne deviendrions jamais des amis. Je crois que cela s'est passé ainsi parce qu'il m'a sous-estimé.
« Je vois la peur dans tes yeux. »
Rien que ce mensonge était suffisant pour que je le haïsse.
« Tu dois me respecter. »
« Hormis ma lame et moi même, je ne respecte rien. »
« Ne parle que quand je le dis ! »
« Cela deviendra un problème entre nous. »
J'avais parlé sans respect ni agressivité.
« Respecte-moi ! »
C'étaient deux mots que je haïssais.
« Et pourquoi devrais-je? »
Alors, avec une voix plus froide que je pesais qu'il pouvait avoir, il dit ces mots.
« Lomyr, tu es le meilleur, le meilleur d'entre nous. Tu es le premier, mais ne va jamais de surpasser ton Maître. »
Il avait tiré un poignard - il l'enfonça dans ma main. La souffrance n'était rien, mais ma colère valait sa peur.
« Comme vous l'avez dit, n'essayez jamais de surpasser votre Maître. Désobéir vaudrait plus qu'une simple sanction, et votre vie payera cet affront. »
La peur dans ses yeux sera mon meilleur souvenir de cette guilde de voleur. J'ai pris le couteau dans ma main. Le sang qui coulait était une rivière de haine, et je l'ai tué. Ce fut la fin de sa vie pathétique. Le poignard dans ma main fut une extension de moi-même, et la nuit fut pleine de mort et de sang. Tous les voleurs moururent et la guilde avec eux. Le lendemain matin, les miliciens de l'autorité locale trouvèrent un démon riant dans le sang d'une centaine de voleurs. Tous périrent. J'étais, maintenant, le maître, le dernier et le tueur de la guilde de voleur de Farl.
Cette vie de peur et de mort commença dans le sang.

C'est une première version, une ébauche que je n'ai jamais osé corrigée. Un jour, je le ferai, mais pas maintenant.

# Posté le vendredi 11 janvier 2008 16:27

Modifié le samedi 12 janvier 2008 15:26

Lys

Lys
La douille retombe, dans un silence de mort.
Pourquoi est-ce qu'on est allés jusque là, si c'est pour finir aussi mal ? Pourquoi est-ce qu'on a fait tant de miracles, si ce n'est que pour cette fin immonde ? Je ne sais pas, je ne sais plus rien ... Je ne peux plus que pleurer, sur ce corps encore chaud, qui, il y a à peine quelques secondes, m'aimait encore - je ne peux que pleurer, alors qu'encore une fois, il a fallut que tout se détruise devant moi ... Encore.
La douille retombée, le silence est de mort.

*
* *


J'aime cette musique.
C'est quoi, pour les autres ? Ils disent que c'est du bruit. Mais ils ne comprennent pas, moi, j'aime cette musique. J'aime pouvoir tenir la basse entre mes mains, j'aime pouvoir jouer plus fort encore, j'aime pouvoir sentir le son qui vibre ... Oui, j'aime cette musique. Je pourrais continuer à jouer de cette basse pendant longtemps, seule, assise dans le noir ... Parce que j'aime ma musique. Et que je hais le reste. Putain, j'aime ma musique !
Même, je préfère ma musique. Je préfère ma musique, dans ma chambre noire, dans ma chambre froide, dans ma chambre vide de gens... Je préfère ma musique dans mon monde vidé de gens, mais pas de musique..... Ma musique parle pour moi, moi qui suis sans voix ... Les autres pensent que ma musique, c'est du bruit, mais pour moi, c'est simplement qu'ils ne l'écoutent pas. Pas plus que moi. Je préfère ma musique, je la préfère à ce monde ignare, qui de toute façon, ne veut pas comprendre, ne veut pas entendre. Putain, j'aime ma musique !
J'aime cette musique, et c'est mieux comme ça. C'est mieux, cette musique, dans la chambre noire, avec personne : mieux que d'aller voir ces gens, et rester seule - puisque rester avec eux, c'est pas possible ... Oui, j'aime cette musique ... J'aime cette musique que personne ne semble comprendre, j'aime cette musique que je suis la seule à entendre, j'aime tout cela ... J'aime tant m'oublier dans ces notes puissantes, j'aime tant tout effacer avec la basse et la pénombre : j'aime ma musique ... Putain, j'aime ma musique!
Laissez donc moi seule, dans ma chambre noire - j'ai pour amie ma musique, et je ne serais pas seule - laissez moi sans personne; vous ne pouvez pas savoir à quel point je préfère ça. A quel point je préfère ma musique à tous ces gens idiots et vains, qui se croisent et qui se moquent de moi. C'est trop dur, pour moi, d'aller les voir encore et encore, de toute façon, ils ne comprendraient pas. Encore un accord, encore quelques notes : encore une seconde, encore une minute sans voir ce monde. Encore une seconde à vivre avec ma musique, dans ce monde si loin de tout ça.
Putain, j'aime ma musique !

La basse est posée, la lumière toujours éteinte, et après ce que j'ai fait, j'ai juste envie de dormir un peu. La pièce sent légèrement le renfermé, mais ouvrir les fenêtres, ça aurait amené de la lumière dans cette foutue chambre ... A ce que je sache, la basse et la chambre, c'est tout ce que j'ai qui soit réellement à moi. Quelle idée que de faire un institut comme ça ... Former des pauvres gamins, tous orphelins de naissance, à suivre des cours comme ça. Quand je dis comme ça, je dis les cours qu'on nous donne à l'institut, et c'est pas toujours très joli à voir. Pour un simple exemple, les profs peuvent utiliser les blâmes corporels - ça peut aller de la gifle au coups de fouets. Si je sors de ma chambre, je risque de me faire plus ou moins descendre par le proviseur - et par les élèves lèches bottes qui cherchent comment eux pourraient être exemptés de ces blâmes. Il fait chaud dans ma saleté de chambre noire, mais je suis trop épuisée pour essayer de prendre une douche. En plus, j'ai perdu les clefs et je ne sais pas comment bloquer la porte. Je suis simplement affalée sur le lit noir, fatiguée, avec une seule envie : dormir. Et je n'y arrive pas, il fait trop chaud.
On frappe à la porte ... Je devrais aller ouvrir. Mais non, je ne peux pas. Je suis trop fatiguée, ils me font tous chier dans cet institut ...
Il n'y en a qu'un qui soit à peu près potable, et je ne crois pas qu'il s'intéresse à moi. De toute façon, personne ne s'intéresse à moi : quelque part, ça vaut mieux. Le type à la porte insiste encore, pendant que moi je ris, d'un rire très jaune et un peu épuisé ; je finis par allumer la lumière, d'une main lourde ... Je vais ouvrir, je n'ai pas vraiment d'autre choix : si le type essaie d'entrer, il n'aura aucun problème. Et qui peut bien me rendre visite ? Un prof sûrement. Pour essayer encore de me traîner en cours. La chambre est mal rangée, je pousse tout sous le lit, encore fait - par miracle -, avec la basse par dessus.
J'ouvre la porte.

Je n'aurais pas dû. Je sais que je n'aurais pas dû. Pourquoi j'ai ouvert cette putain de porte? Je ne sais pas ... Maintenant, il est là. Lui, oui, lui ... C'est pas vrai, je n'y crois pas. Je suis contente qu'il soit venu, bien sûr ... Mais qu'est-ce qu'il fait là ? Le garçon est simplement venu voir ce qu'il pouvait faire pour moi. Oh ... C'est gentil de sa part. Mais je ne vois pas pourquoi, vraiment ... Je me débrouille bien, seule. Mais qu'est-ce qu'il fait là ? En plus la chambre est en bordel, j'ai sué sur ma basse. Vous aurez compris, c'est bel et bien lui. La seule personne qui puisse me sortir de ma chambre. Je n'y crois pas - et comme à mon habitude, je joue les indifférentes. En fait, quand je rejoue la scène, je me rend compte que lui comme moi étions bien gênés. Je le montrais beaucoup moins que lui, mais n'empêche. On a fini par s'asseoir sur le lit, et il m'a donné les cours que j'avais manqués.
Comme si j'en avais quelque chose à faire, des cours. Si ce n'était pas lui, il aurait déjà été dehors. Mais comme c'est lui, je le laisse entrer, et même si je ne l'écoute pas, je le regarde. D'accord, c'est pas ce qu'on pourrait appeler un regard amical - je dois avoir l'air de plus ou moins d'une fille ennuyée et qui ne souhaite qu'une seule chose : qu'il s'en aille. Ce n'est pas le cas ... Mais je ne peux pas faire autrement. Il arrive déjà à la fin de ses leçons de rattrapage - et il va bientôt partir. Dommage. Autant faire comme si de rien n'était ... Finalement, ce n'est pas toujours évident d'être distante. J'aurais aimé qu'il reste encore ... Je l'aime, oui. C'est idiot de ma part, mais je n'y peux rien.
Et comme la porte se referme, le noir revient dans ma chambre. Je me mets à rire sans raison, peut-être à rire de moi-même et de la stupidité dont je fais preuve ... Peu m'importe. Il faut bien que je trouve quelque chose pour me défouler, et la basse ne suffit plus. Je veux partir, simplement avec lui, ma basse et rien d'autre. Mais je ne pourrais pas partir avec lui : de toute façon, il ne me suivrait pas. Dans le noir, je continue à rire de mon rire triste et glauque. Mieux vaut en rire qu'en pleurer ... Mais pourquoi j'en ris alors que je voudrais pleurer ?

Je suis seule, encore seule: je veux être seule. Je ne veux même pas le voir, lui; de toute façon, ça ne m'avancerait pas. Et à quoi bon? Après tout ce que j'ai fait, il n'y a pas grand chose que je puisse encore espérer. Si: au lieu d'une agressivité franche, j'ai le droit à un désintérêt franc. Ca vaut mieux: après tout ce que j'ai fait et vécu, je ne sais pas si je voudrais que les autres m'approchent. ne serait-ce que pour eux, je les préfère au loin, ils risquent moins. j'ai fait trop de choses qui aujourd'hui sont trop de regrets pour continuer à vivre, à sourire normalement. Je m'enferme dans ma chambre, je joue de ma basse et je me perds dans l'inconscience propre à ma douleur. Je suis simplement invivable.
Je m'en veux trop pour avancer - et si je ne suis pas morte déjà, c'est parce que rien n'est à ma disposition pour l'être. Je ne souhaite que la mort, je ne veux que mourir - et rien ne saurait m'empêcher de tenter cela. Une seule personne compte pour moi, et si il est venu me voir une fois, il ne reviendra pas. Je suis seule, sous ma douche froide, plongée dans mes larmes - je suis seule dans le noir de ma chambre. Je suis seule à pleurer, et je suis seule à vivre si mal dans ma chambre si sombre. Je veux mourir, et je ne veux que cela. sortie de la douche, je reprend ma musique. Et c'est le même rythme qui revient, toujours les mêmes notes, toujours les mêmes pensées. Putain, j'aime ma musique... je la préfère à tout le reste: laissez-moi mourir, et ma musique ne vous hantera plus. Je me hais, vous me haïssez: On pourrait me tuer, ce serait si simple.
Dans le noir, le rire se mêle aux larmes et aux notes pures. Je pleure, je ris même, et pourtant, je continue à jouer. De toute façon, rien n'a jamais tourné rond chez moi, et rien ne le sera jamais. Je suis trop étrange pour ça, je suis trop nulle pour valoir quoi que ce soit. J'ai envie de savoir que je peux encore faire quelque chose - jouer de la basse, c'est ma vie, c'est comme ça que je me raccroche à ce que j'ai été. Même si je ne suis plus rien, je peux encore penser à avant - à avant que je sois détruite. J'ai envie de tout foutre en l'air, mais par respect pour ce que j'ai été, je n'en ferais rien. Par respect de ce que m'inspire la basse...
Je suis seule, j'aime ma musique, je pleure.

Il fait noir, dehors comme dedans. Je ne fais toujours que pleurer, et la musique s'est arrêtée. Je ne pouvais plus continuer dans cet état, et j'ai posé la basse, doucement, sur le lit - allongée à côté, je pleure en silence, je pleure douloureusement sur moi-même. Laissez moi crever, je ne demande que ça, vous ne voulez que ça - alors pourquoi je ne suis pas morte? Pourquoi je ressasse la nuit ma mélancolie et ma tristesse? Pourquoi je en vais pas de l'avant, pourquoi je suis brisée de l'intérieur? Je n'en sais rien... je suis juste seule, affalée, sur mon lit, une main posée sur la basse. En fait, tout mes tourments se résument en une seule phrase: pourquoi c'est dur de sourire?
Là, je touche au fond du problème. Je ne sais pas vraiment pourquoi j'ai du mal à sourire, pourquoi, quand je souris, le premier mot qui me traverse l'esprit, c'est "hypocrite", pourquoi, quand je souris, je me sens fausse et imparfaite. Je ne sais pas vraiment pourquoi ça m'attriste, je ne sais qu'une chose: j'en pleure chaque soir, poursuivie par mes délires jusque tard dans la nuit. Je ne sais pas pourquoi ça me fait si mal, je sais juste que ça fait mal. Voilà tout. C'est dur de sourire, je ne sais pas pourquoi.
Les larmes coulent encore, et je ne vais pas mieux; le réveil montre trois heures vingt-sept minutes du matin. Encore trois heures trente-trois minutes et le réveil va sonner. Je compte les minutes, une à une, ma nuit va encore être longue. Je vais encore passer trois heures et trente-trois à ressasser mes sombres pensées, je vais encore passer trois heures et trente-trois minutes qui vont me sembler trois siècles et cinquante cinq ans. C'est triste pour moi, je vais passer encore tant de temps seule dans le noir.
Je ne veux pas pleurer, je veux savoir pourquoi c'est si dur de sourire - mais je ne vais que pleurer, pour oublier que c'est si dur de sourire.

Je ne suis pas sortie de la chambre, pas plus que j'ai dormi. Il est sept heures trente-sept du matin, j'ai pleuré toute la nuit et je suis allé prendre une douche. Je viens juste d'en sortir, et je me mets déjà jouer de la basse, doucement, calment, presque silencieusement. Je ne fais que ça de mes journées, mais en fait, c'est parce qu'elle veux bien tout prendre, ma basse: le matin, en jouant, j'oublie mes cauchemars éveillés de la nuit, et je les mets dans ma musique. Je ferme les yeux, et je trouve le seul repos de toute ma journée. C'est calme, c'est doux, c'est mélancolique. C'est triste, et ça ne fait pas sourire - mais je dois le dire, c'est admirable. Même objectivement, c'est admirable. C'est la seule belle chose que je sais faire. Et les yeux fermés, je la continue encore.
Je continue un moment, et je n'ouvre pas à celui qui frappe à la porte. La musique me fait trop de bien pour que je m'y intéresse. Quelques accords doux... encore cette tristesse. J'ai fermé la porte à clef? Non, j'ai perdu ces putains de clefs. L'accord s'arrête, j'ouvre les yeux, c'est lui. Il voudrait que je continue, je vois bien ça, mais il est là. Je ne m'y attendais pas, et je en sais pas si je vais pouvoir refaire ça. Il me regarde un peu, le silence s'installe. Je le regarde sans bouger, sans trembler - je le fixe durement, même si je voudrais sembler mieux à ses yeux. Et il parle enfin.
"Tu veux partir, non?"


*
* *


Sept heures trente-sept du matin, un an est passé. Huit mois depuis qu'on s'est enfuit ensemble, jour pour jour, un an depuis qu'il est entré dans ma chambre, minute pour minute. Je ne sais toujours pas pourquoi, le saurais-je un jour? Il est trop impénétrable. Il est magnifique, malgré tout, et je ne peux pas m'empêcher de l'admirer jour après jour, de plus en plus. Je le cache, c'est vrai, mais un jour, il faudra que je vois ce qu'il pense de moi. Qui sait, un miracle peut toujours arriver... Non, pas à moi. Je n'ai jamais eu de chance et je n'en aurais jamais, pas la peine de tenter le diable. Il ne ferait que briser mes espoirs.
Je joue toujours de la basse. Quelques accords de plus, quelques notes encore... Toujours pour s'enfuir, et même s'il est là, je reste seule à vivre mes cauchemars. Nous avons "acheté" une maison dans l'Arizona, quelque part près de Ph½nix: c'est pas trop cher, c'est salubre, c'est pas trop mal fréquenté. Il y fait assez sombre, et l'ombre de l'appart est ma meilleure arme contre la chaleur du désert; sans ça, je crèverai rapidement, je crois: il fait largement trop chaud pour qu'on puisse discuter sur le système de ventilation, c'est appart avec ou sans appart.
Oui, c'est peut-être pas la joie tous les jours, mais en tout cas, on s'installe assez bien dans le coin. Je continue à jouer, et je me suis trouvé quelques petits boulots en complétant le salaire de l'autre - je pense passer pro bientôt. Il travaille énormément, jour et la plupart de la nuit; sans ça, on irait pas loin. Mais il me dit qu'il va bientôt avoir une augmentation, et qu'il pourra laisser les travaux nocturnes. J'espère bien, il a l'air tellement fatigué... Je voudrais qu'il arrête de se tuer pour nous, je peux me prendre en main.
Ma vie me semble si fausse, si factice... C'est jamais facile de sourire.

Je suis en train de jouer, encore, sur la basse. Pas trop énervée, mais surtout inactive depuis trop longtemps. Je me défoule, je me vide de tout ce que j'ai en jouant encore et toujours sur la basse, en jouant et en jouant encore... J'aime ma musique, il n'y a qu'elle qui me supporte vraiment et entièrement. Il n'y a qu'elle qui prenne chacune de mes peines, sans mot dire, sans se plaindre; il n'y a qu'elle qui soit toujours à mon écoute. Peut-être que lui le ferait, mais il m'a l'air trop fatigué pour que je puisse me confier à lui. Et sûrement, il renversera toute ma confiance d'un revers de main, sans jamais s'intéresser à ce que je dis. Je suis trop faible pour pouvoir y résister, et je ne veux absolument pas ça. Je ne sais plus quoi penser, je veux juste me vider sur ma basse. Me vider sur ma basse pour tout oublier...
Je n'y arrive plus. C'est ignoble, je n'y arrive plus. Je n'ai envie que de ça, et pourtant... Je n'en peux plus. Je n'en peux plus de ces quatre cordes, je n'en peux plus de ces notes qui résonnent dans le vide de ma tête. Ca m'a toujours l'air si prévisible, je ne sais que trop quel sera le prochain accord, quel son viendra après. Je n'en peux plus, il faut que j'arrête ça. Il faut que ça arrête de se répéter, encore et encore, il faut arrêter ça. Que quelqu'un arrête ce bordel! Que quelqu'un arrête cette musique... Je ne veux pas l'entendre encore.
C'est trop répétitif, comme tout le reste: tout tourne en boucle, rien n'a changé depuis que nous sommes partis... arrêtez moi cette musique. Je passe encore mes journées dans une chambre noire, à jouer de la basse, à haïr ce monde, à attendre qu'on vienne frapper à la porte et à ignorer le visiteur. Encore et toujours, chaque matin la même musique qui recommence en boucle. Chaque matin en me levant, depuis un an, je joue les mêmes partitions; chaque matin en me levant, je sais ce que sera ma journée.
Arrêtez moi cette musique, ça devient lassant.

Je suis toujours seule, il fait chaud, il fait sombre - je continue mes notes, sans jamais m'arrêter. C'est lassant, c'est toujours les mêmes notes; c'est horrible, je ne sais pas quoi faire d'autre. Je continue de jouer sur ma basse, dans le noir et dans la chaleur. Je me sens bien, malgré tout, je me sens calmée. Vidée, exactement ce que je voulais. J'ai les yeux fermés, et je ne veux pas voir ce qui se passe - à quoi bon? Ca ne m'aiderait pas.
Je ne voudrais qu'une chose, en fait, c'est lui. Et chaque jour c'est la même chose, je fais semblant de l'ignorer. Et chaque jour, c'est les mêmes notes qui se répètent entre nous; et chaque jour, nous n'avançons pas. Il est midi, je ne veux pas manger - je n'ai pas faim, comme chaque jour. J'ai juste envie de continuer à jouer encore un peu, continuer les mêmes notes encore une fois. Je mangerais quand j'aurais faim -comme chaque jour. Laissez moi jouer cela, ça ne changera pas.
Peut-être que je voudrais que ça avance entre nous. Je n'en sais rien. Tout ce que je sais, c'est cette partition par c½ur. J'ai envie de lui, mais en même temps, je n'ai pas envie de vivre et de dépendre de quelqu'un. Peut-être quelqu'un y comprendra quelque chose - je sais très bien que je n'en sais rien, et que je ne saurais rien. Je vais encore continuer avec ma basse - je ne fais que ça, et toujours, et encore, et pourquoi donc changer? Cette musique est très bien... elle me suffit. Et surtout, que sera le prochain morceau? A quoi ressemblera-t-il? Sera-t-il bien?
Sera-t-il aussi parfait que cette musique?

Je continue, encore et toujours sur ma basse. J'en ai marre de répéter encore et encore les mêmes mouvements, ça me tue de continuer jour après jour chacune des mélodies. L'air est peut-être plus beau, mais mes doigts sont gourds, et je ne fait que répéter ce qui est évident. Je ne fais que recommencer chaque jour la même chose - comme la femme d'Ulysse. Peut-être un jour j'arriverais au bout - pour l'instant, je ne peux que recommencer encore et encore. Merde, arrêtez moi cette musique - coupez moi les mains pour que je en puisse plus jouer, bandez moi les oreilles pour ne plus l'entendre. Je n'en peux plus de ce rythme incessant, si monotone à mes yeux. N'importe comment, n'importe quoi: arrêtez cette musique.
Je ne peux plus vivre avec, elle me rappelle chaque jour à quel point ma vie est répétitive et lassante, à quel point elle est simplement évidente. Je n'en peux plus de ne rien faire - je n'en peux plus de cette musique qui se répète, jour après jour. Je n'ai pas de patience? Ca fait un an que ma vie se limite jour après jour à la même chose. J'ai de la patience, mais là s'en est trop. Je n'en peux plus de cette putain de musique, elle m'éc½ure - mais c'est la musique de chacun de mes jours, et si jamais je change, je ne pourrais pas me souvenir du thème précédent. Je n'en peux plus de ce train quotidien; je n'en peux plus de voir l'autre chaque jour de plus en plus mort, je n'en peux plus de jouer la même partition chaque jour.
Il faut que j'en change. Je ne fais que jouer chaque fois la même chose, pitié, laissez moi changer tout cela. Laissez moi faire ce que je veux, et laissez moi changer cette musique monotone et monocorde. Il faut simplement que je change un peu tout ça, il faut simplement que je change tout ça. Il ne faut plus qu'il soit seul à souffrir pour nous - il ne faut plus que je sois seule, jour après jour, et souffrir.
Je vais faire quelque chose.

Je suis encore seule quand mon rire retentit dans le sombre appartement. Faire quelque chose, oui, mais quoi? je ne sais pas où ça va m'amener, et je dois dire que je ne sais même pas ce que je pourrais faire. Je n'ai aucun talent - aucun qui soit suffisamment terre-à-terre pour en profiter maintenant. J'ai des rêves, j'en ai même beaucoup, mais ils sont tous irréalisable. Je ne sais pas ce que je veux faire... Je ne sais même pas ce que je peux faire, j'ai tellement haï les cours, j'aurais du m'accrocher. Mais non, rien à faire, je ne voulais qu'écouter mes propres envies. Mais pourtant, rien qu'à repenser à l'institut, je pense que nous avons bien fait de le fuir. Je n'en pouvais plus, encore pire que maintenant... le rire résonne encore dans la noirceur du logis.
Que faire? Je n'en sais rien. Peut-être que lui saura, peut-être qu'il me guidera... ou peut-être que d'un revers de main, il me brisera et m'ignorera superbement, me rendant la monnaie de ma pièce. Il aurait bien le droit, après tout ce que je lui ai fait subir. Une troisième fois, le rire résonne, mais cette fois il est plus joyeux et plus ouvert. Je n'en sais rien, mais je ne sais pas quoi faire d'autre que lui parler.
Je ferme les yeux, je crève de chaud. Je crois que je vais prendre une douche... Il fait sombre, il fait chaud - comme chacune de mes saloperies de journées. Je vais aller prendre une douche, puis l'attendre. Je ne vois aps quoi faire d'autre - si, arrêter de jouer de cette putain de basse. Je la repose, et j'éclate de rire dans le silence oppressant.
Mais mon rire sonne creux, comme toujours.

L'eau coule doucement, sinuant sur ma peau. C'est glacial, mais il fait trop chaud pour que je m'en plaigne; c'est glacial et c'est tant mieux. Dans ma tête résonne encore la musique... je ne veux plus que l'arrêter. Je ne peux plus l'entendre encore. Je ne veux plus entendre cette saloperie de musique, je veux l'ignorer, encore et encore - mais chaque jour, elle reviendra. Je le sais déjà... laissez moi quelques instant libérée, c'est tout de que je demande. Laissez moi un instant oublier cette odieuse mélodie - ayez pitié de moi, tuez moi, rendez moi sourde, n'importe quoi pour que cela cesse. Je tourne encore plus fort le robinet d'eau froide. Ce n'est même plus froid: je suis trop écrasée par l'eau pour sentir la température. Mais au moins le bruit couvre un peu la mélodie.
Je crois que je suis folle. Quand je baisse le robinet, j'entend encore cette saloperie... et elle m'attend pour continuer. Je ne crois plus que je suis folle - j'en suis sûre. Pitié, laissez moi tranquille, arrêtez cette musique... arrêtez cette musique! Je gueule autant que je peux, je gueule pour qu'on arrête cette saloperie - je ne tiens plus, je n'en peux plus, il faut que ça s'arrête. Sous la douche éteinte, je gueule, je pleure, et la musique continue. Encore et encore, et quand elle se finit, elle recommence... en avant la musique.
J'ai beau pleurer, chialer tout ce que je peux, ça n'attendrit personne: je reste nue sous la douche, à pleurer comme une conne en implorant les dieux sourds. J'ai beau gueuler, hurler tout ce que j'ai, ça n'interloque personne: je reste nue sous la douche, à crier comme une conne en insultant les dieux sourds. Je ne veux que finir cette musique, je ne veux que qu'elle s'arrête... Arrêtez cette musique! Et quand il arrive enfin, la seule chose que je peux faire, c'est pleure encore plus, dans ses bras réconfortants. Je me sens si petite, dans ses bras...
Je le serre contre moi, enfin, je le sens près de moi.
"... Arrêtez cette musique..."

*
* *


Je l'embrasse, je le serre, je le tiens contre moi. Je ne vais pas le lâcher, je l'aime - et il m'aime aussi. Je l'embrasse, je goutte enfin à ses lèvres, je peux enfin sentir sa langue, si douce, si bonne... Je l'aime, je l'aime à en mourir. Je suis près à tout pour lui. Dans ses bras, je veux rester dans ses bras - je ne pense même plus à cette musique obsédante.Je l'embrasse, j'embrasse ses lèvres, je m'accroche à sa bouche - et c'est ensemble que nous tombons sur le lit. Je ne le lâche toujours pas, et nue comme je suis, je sais déjà où ça va nous mener - mais ce n'est pas un problème pour moi. Je ne veux que ça, je ne désire que ça; je ne veux que lui, je ne désire que lui...
Je garde ma peau contre la sienne, je garde mes lèvres contre les siennes - ses mains bougent un peu, les miennes le déshabille. Je le veux, je le désire, je veux être avec lui - je désire être le plus près possible de lui. Je l'aime, je l'adore, je le désire. Mes lèvres s'avancent, elles descendent le long de son torse dénudé...je remonte lentement, serrée contre lui. Quelques mots chuchotés à l'oreille, et mes mains descendent plus bas que mes lèvres sont allées. Je me serre un peu plus contre lui, et il passe par dessus moi.
Je pousse un cri rauque, mêlant plaisir et douleur. J'ai attendu ça pendant si longtemps... Je suis enfin caressée par celui que j'aime, je peux enfin le prendre contre moi, je suis enfin prise dans son étreinte - je l'adore, je l'ai désiré si longtemps. Je l'embrasse, lui continue encore. Mon dieu, que de plaisirs... Il me lèche, il descend entre mes seins, il se retire un moment. Je pousse un soupir rauque, écho de mon cri de tout à l'heure - et je sais que ce n'est pas fini. C'est à moi cette fois, et je ne vais pas le décevoir. On roule ensemble, et je suis par-dessus lui.
Quelques heures plus tard, la nuit est tombée, et c'est épuisés que nous nous endormons dans les bras l'un de l'autre.

Le réveil est magnifique. Quand j'ouvre les yeux, c'est pour me blottir encore plus contre lui, et lui resserre ses bras sur moi. Je l'aime, je ne me suis jamais sentie aussi bien. Mais finalement, le soleil fini par nous tirer de notre torpeur, et quand nous sommes bien réveillés, je décide de lui parler un peu. Pas tout de suite, d'abord, je veux rester un peu contre lui... Je peux enfin lui sourire, de joie et de bonheur, je me sens si bien, si près de lui. Enfin, je peux un peu sourire. J'entends encore la musique, mais elle est plus faible qu'hier, et je me sens mieux. Je souris enfin...! Je me sens si bien. Je ne sais pas comment expliquer cela, je me sens seulement heureuse et comblée. Je n'avais jamais ressentit ça auparavant, et je suis surprise par la douceur qui m'envahit. Je me sens si bien, et je peux sourire. Oui, depuis un an et un jour que je doutais de ça - mais maintenant, je sais que je peux sourire.
Mais il faut que je lui parle. Il le faut, même si je dois casser ce bien-être quelques instants, il le faut, ne serait-ce que pour lui. Je commence doucement, sans trop forcer la voix. Je lui explique que je ne veux plus le voir se tuer pour moi, et que je voudrais faire quelque chose pour lui alléger toutes ses souffrances. Quelque chose de concret, de réel, et qui soit utile... mais je ne sais pas quoi, il faut bien l'avouer. Je l'embrasse brièvement - je veux savoir ce qu'il en pense. Mon baiser est peut-être un peu long pour qu'il ne pense que cela - tant mieux.
Je croyais bien le cerner, mais il se met à rire. Pourquoi, je ne sais pas, mais il ne se justifie pas. Il est quand même superbe avec son sourire angélique, il est simplement merveilleux. Je me fiche pas mal qu'il rit de moi, je veux juste sa réponse. Il me la donne, et je saute sur lui. Pendant que nous refaisons les exploits de la veille, je repense à ce qu'il m'a dit...
Passer pro?

J'ai repris la basse. Et cette fois, c'est pour me donner à fond. J'adore ma musique, presque autant que celui qui est maintenant mon petit ami; peut-être plus. Je dois simplement montrer ça à tout le monde... Bizarrement, je me sens encore plus dénudée comme ça que je l'étais avec lui, il y a à peine quelques instants. Cette musique est avec moi depuis tellement longtemps, je ne sais pas très bien comment expliquer ça; elle est seulement avec moi depuis si longtemps. Quelques accords, quelques notes, il faut que je sois parfaite. Quelques accords, quelques notes - il faut que je sois parfaite si je veux réussir. Et je ne veux qu'une seule chose désormais: réussir, seulement réussir.
Lui est parti, et je suis seule maintenant à jouer dans la chambre sombre cet air que je perfectionne jour après jour. Je suis assez fatiguée, et je ne sais plus très bien pourquoi cette musique m'obsédait. Je sais que je n'ai pas fini de l'entendre, et qu'elle me poursuivra encore longtemps. En attendant, je cherche à mettre des paroles par dessus, histoire de varier un peu et de perfectionner tout ça au maximum. Parce qu'il faut que ce soit parfait, alors que je ne l'ai jamais été. Parce qu'il faut que cela ne soit perfection, la perfection issue du chaos que je suis.
La fatigue part peu à peu, je suis trop absorbée par ma musique; je veux jouer cela parfaitement. Les notes grandissent, les accords volent - et la musique s'anime, et la musique prend vie. Les notes se suivent une à une, et une pensée en moi, comme l'écho de celles d'un an et un jour plus tôt, retentit: j'adore ma musique. Je veux maintenant qu'elle soit parfaite, pour que ceux qui me haïssent soient bien obligés de voir que ma musique, elle, n'est qu'adorable.

Les yeux fermés, les mains courent. La musique se crée, la musique continue, les notes se taisent une à une. Il faut que cette fois, ne serait-ce que cette fois, je sois parfaite. Pas une seule fausse note ne doit se faire entendre, pas une seule: sinon, je n'aurais pas réussi ce que je voulais. Et pour une fois, je ne joue pas que pour moi - je joue aussi pour nous, pour qu'il arrête de se tuer pour moi. Simplement qu'il arrête, il vaut mieux que tout ça. Il est si adorable, il ne devrait pas tant souffrir. c'est pour lui que je joue aujourd'hui, c'est pour lui que je fais tout cela.
Si je rate cette fois, c'est perdu. J'ai déjà foiré lamentablement deux passages, je ne pourrais plus me représenter encore si ça foire cette fois aussi. Il faut simplement que ça soit parfait, j'ai passé des mois à jouer ces accords pour qu'ils le soient. Mais je sais déjà où ça va nous mener, je sais déjà que ça ne sera jamais parfait. On peut toujours rêver, non? Il faut que je rêve, pour m'enfuir de ce quotidien d'enfer. Il faut que je rêve un peu... Et que ma musique soit parfaite, juste parfaite. Ni plus ni moins, ça m'a l'air simple à comprendre.
Mais impossible à faire. Les yeux se rouvrent, les mains trébuchent - j'arrête. Passer pro? Qu'est-ce qui m'a pris? Qu'est-ce qui m'est passé par la tête? Qu'est-ce qui, lui est passé par la tête? C'est la dernière chose que je veux! Ma musique, c'est moi, et je n'ai aucune envie de m'offrir au monde entier. Je n'ai pas envie de finir comme nombre de ces "stars" qui se suicident sous la tension. Je ne veux pas finir comme nombre de ces "stars" qui pour retrouver la gloire, se mettent à planer. J'ai qu'une vie, je ne vais pas la gâcher. J'ai qu'une vie, je veux la passer avec lui, pas sur la scène. Je ne peux faire qu'une chose: me barrer. Ce n'est pas ici que je dois tenter de gagner ma vie.
Et merde, qu'est-ce qui m'a pris?

Et merde, qu'est-ce qui m'a pris? Je pouvais peut-être le faire, mais maintenant c'est trop tard. Je suis partie, je ne peux pas revenir. Je ne veux même pas revenir. La basse hurle dans l'immeuble, et ma rage et mon désespoir ne sont reflétés qu'en ce parfait miroir - et ma rage et mon désespoir valent bien mieux que toute cette perfection éc½urante. Personne n'est parfait, et je ne veux absolument pas le devenir.
Sept notes lourdes appuient mes pensées, comme un marteau appuie sur un clou. Sept coups sombres réveillent ma tristesse, et sept coups sombres la transforme en rage. Rage contre moi, qui aurait peut-être pu passer pro. Rage contre mes idées de perfection, qui ne valent rien, et qui ne sont au mieux qu'éc½urantes. Rage contre lui, qui m'a mis de telles idées en tête. Rage contre moi, pour lui en vouloir - il ne pouvait pas savoir! C'est idiot, peut-être, mais il faut bien que je me défoule. Et je ne peux me défouler qu'avec la basse, et la basse hurle dans l'immeuble. On a déjà essayé de m'arrêter, on a frappé à la porte, au sol, au plafond, aux murs - rien n'y fait, il faut que je me défoule.
La clef tourne dans la porte. Je sais que c'est lui. Je sais qu'il a compris pourquoi je me défoule. Je sais que s'il m'approche, je vais lui gueuler dessus. C'est lui, il a compris pourquoi je me défoule - il approche. Ma main vole, je le gifle. Ce n'est pas sa faute, mais s'il ne m'avait pas donné ce stupide conseil... Et c'est en le regardant que je me dis que cette fois, j'ai peut-être trop merdé. Je me sens mal de lui avoir fait ça. Mais je n'y peux rien, je déteste cette perfection qui m'est entrée dans la tête, je déteste cette idée qu'il m'a donné.
Je déteste ce regard, triste et déçu, qu'il me renvoie.

Pourquoi la perfection? On en a parlé tellement longtemps. Moi, ça me dégoûte, ça me dégoûte tellement. Ma vie ne sera jamais parfaite, mon passé sera toujours imparfait. Mon caractère ne sera jamais parfait, je continuerais souvent à m'enflammer pour rien. Je ne serais jamais physiquement parfaite, j'aurais toujours des petits seins et je ne serais jamais grande, non. Je ne serais jamais une musicienne parfaite, je pourrais toujours faire une fausse note avec ma basse. Cette perfection qu'on recherche tant, ça me dégoûte. Parce qu'on ne peut pas l'atteindre, aussi dur qu'on le veuille: on ne peut pas s'empêcher d'être imparfait. Et pourtant, on cherche toujours cette saloperie de perfection... La perfection est si vicieuse. Elle vous demande tout pour le prendre, sans qu'on puisse se plaindre. La perfection vous dépouille de tout... Etre parfaite demande tellement - trop pour moi. Je dois être parfaite pour nous deux, je dois être irréprochable - et je ne peux pas. C'est au-dessus de mes forces. Il me faut ne jamais sortir du droit chemin - et qu'est-ce que j'en ai à faire, du droit chemin? Rien. Il me faut ne jamais avoir été salie - et alors, pour moi c'est mort avant d'avoir essayé? Oui. Il me faut ne jamais me tromper - mais putain, je ne suis qu'une humaine, y arriverais-je? Non.
Je ne serais jamais parfaite. C'est éc½urant. Juste éc½urant de voir à quel point on est pathétique à s'essayer à quelque chose qu'on ne peut pas réussir. Ec½urant de voir que tout ce que tu peux faire ne servira à rien. Ec½urant de savoir qu'il y aura toujours plus parfait que toi. Ec½urant de savoir que celui que tu aimes t'aime aussi imparfaite que tu sois. Ec½urant de savoir que lui, à tes yeux, sera toujours parfait. Ec½urant de savoir que lui, au yeux de tous, s'efforcera d'être parfait. Alors que toi tu l'aimes, aussi imparfait qu'il puisse être. Je ne serais jamais parfaite!
Mais la seule chose qui m'éc½ure vraiment, c'est de savoir que lui est parfait. Pas qu'à mes yeux, il est parfait, simplement. Il est parfait, merde... Il m'a expliqué pourquoi la perfection était une partie de sa vie. Je comprend qu'on veuille devenir parfait quand votre mère meurt sous vos yeux, sans autres mots pour vous que "sois irréprochable". Pourquoi es-tu parfait? Je ne peux plus vivre avec toi, maintenant je suis trop éc½urée de tout ça. Pourquoi? Après tout ce qu'on avait fait, pourquoi il a fallut arriver à cette fin immonde? Pourquoi es-tu parfait? Pourquoi peux-tu vivre sans faire aucune faute? Pourquoi toi tu peux et pas moi? Je te hais, je te hais toi que j'adore... Qu'est-ce que je vais faire, maintenant, avec mon arme dans la main?
Tuera, tuera pas?

*
* *


La douille retombe, dans un silence de mort.
Pourquoi ai-je tiré? Pourquoi est-ce qu'on est allés jusque là, si c'est pour finir aussi mal ? Pourquoi est-ce qu'on a fait tant de miracles, si ce n'est que pour cette fin immonde ? Je ne sais pas, je ne sais plus rien ... Je ne peux plus que pleurer, sur ce corps encore chaud, qui, il y a à peine quelques secondes, m'aimait encore - je ne peux que pleurer, alors qu'encore une fois, il a fallut que tout se détruise devant moi ... Encore.
La douille retombée, le silence est de mort.



Ouah. On en retrouve de ces choses en fouillant dans les docs. Enfin bref, celui là était pour un très beau forum - Time Chronicles- qui malheureusement est un peu mort ^^"
Mais non! ce forum vit toujours! Enfin, plus exactement il est en salle de réa.

# Posté le dimanche 13 janvier 2008 12:26

Modifié le dimanche 04 octobre 2009 06:00

Lenore Brann

Lenore Brann
"Jolene, Jolene, Jolene, Jolene
I'm begging of you, please don't take my man
Jolene, Jolene, Jolene, Jolene
Please don't take him even though you can."


Oui, elle pouvait le prendre si simplement, si facilement, elle pouvait si aisément lui faire faire tout ce qu'elle désirait. Oui, elle pouvait tout lui faire faire - et c'était bel et bien ce qui la terrorisait. La basse à la main, calmement, elle jouait, doucement, calmement, chantant simplement. L'appartement était vide, vide de tout le monde. Elle jouait seule, en pensant à lui, en pensant à elle - et en chantant doucement, et en chantant de cette voix pitoyable, fatiguée, déprimée. Encore quelques accords, encore quelques mots; encore la tristesse, encore la pitié dans sa voix. Et elle continuait, encore et encore, note après notes - ses tristes pensées et ses tristes mots avec elle. Pourquoi donc? Pourquoi donc pouvait-elle le lui prendre si facilement? De quelle droit une fille qu'elle n'avait jamais vu pouvait le lui prendre?

"Your beauty is beyond compare
With flaming locks of auburn hair
With ivory skin
And eyes of emerald green"


Une beauté parfaite, à l'entendre. Chaque mot qu'elle recevait, chaque phrase qui parlait d'elle: elle était sublime, elle était magnifique, elle était bien plus belle qu'elle. Elle n'avait aucune chance contre Jolene, elle était si seule - elle était si laide, elle était si haïssable, elle était simplement trop comme elle-même. Un nom haïssable portait cet esprit haïssable dans ce corps haïssable - elle se détestait, tant cette Jolene lui montrait sa laideur. Elle ne pouvait rien y faire, elle ne pouvait rien y changer: sans même se montrer, Jolene avait largement gagné contre elle. Et sans même dire un mot, sans même échanger un tir, la guerre était perdue: que pouvait-elle faire, contre cette s½ur invisible et invincible?

"Your smile is like a breath of spring
Your voice is soft like summer rain
I cannot compete with you, Jolene"


Si belle qu'elle était, elle ne lui avait pas laissé une seule chance. Note après note, sa tristesse continuait de se dérouler devant elle - accord après accord, sa peur se montrait et avançait royalement. Pourquoi espérer en vain? avec l'alcool, tout ce qui revenait, c'était ce nom - cet infernal nom qui semblait plus doux que le velours, plus pur que la soie. Jolene et encore Jolene, au milieu du vin et de la bière, au milieu de tout cela. Seul un nom sortait de la bouche de cet homme si cher, et ce nom, c'était ce nom si doux, si haï. Elle avait espéré, l'espoir la faisait vivre, et elle n'avait plus d'espoir - mourrait-elle de ce même espoir? Elle ne savait plus rien, elle ne voyait plus où aller - mais elle entendait encore bien ce nom, Jolene.

"And he talks about you in his sleep
And there is nothing I can do to keep
From crying when he calls your name, Jolene"


Et toujours, chaque nuit, dès que le sommeil le prenait - comme des cris incessants - le nom revenait dans sa bouche; et toujours chaque nuit, dès que le sommeil le prenait - comme des cris incessants - les peurs et les terreurs revenaient la hanter. Que faire, nuit après nuit? Que faire pour oublier les cris qu'elle entendait chaque nuit, chaque fois qu'il fermait les yeux, ivre mort? La dépression l'avait tué, et maintenant, il ne vivait que par la bière et le vin. Il vivait avec les souvenirs - les souvenirs de son ancienne femme, de cette s½ur honnie, et la déception de cette vie ratée. Ratée par ce qu'il était - et pourquoi donc? En quoi être différent, en quoi avoir un don de plus que les autres l'avait mené à perdre sa vie? Un accord plus loin, une note après - pourquoi se voiler la face, elle le savait très bien.

"Jolene, Jolene, Jolene, Jolene
I'm begging of you please don't take my man
Jolene, Jolene, Jolene, Jolene
Please don't take him even though you can."


C'était de sa faute. C'était de sa faute si elle n'avait rien pu faire pour empêcher cela - c'était sa naissance qui les avait brisés tous les deux. Elle était trop différente, ç'avait été trop difficile pour sa mère. Et lui... après ça, seul l'alcool l'avait fait vivre. Qu'est-ce qu'elle y pouvait? Elle n'avait rien pu faire - mais c'était de sa faute. Elle n'aurait pas du naître bâtarde, elle n'aurait pas du naître; tout aurait été si beau: ils auraient vécu si heureux ensemble. Son père, sa mère, puis Jolene, ensemble. Si elle n'avait rien fait - si elle n'avait pas vécu, si elle n'avait pas été différente - leur bonheur aurait été intact. C'était de sa faute si maintenant il en était à là, si sa femme l'avait quitté. Si seulement elle n'avait jamais eu ce don, sa mère n'aurait jamais demandé le divorce. Elle n'était qu'une petite "bâtarde", et c'était de sa faute.

"Well I can easily understand
How you can easily take my man
But you don't know what he means to me Jolene"


Il comptait tellement à ses yeux - ce vieil homme détruit par la boisson, par l'oubli et par la tristesse. Il continuait à être son père malgré tout, et sa seule famille. Elle n'y pouvait rien, mais quand elle entendait son faible salut, elle repartait avec le sourire. Elle avait d'autres endroits où vivre que cette maison glauque - un collège pour les bâtards comme elle, une fois nommé dans l'ivresse, "Atlantis" - mais elle resterait, jusqu'à ce que son père meure dans l'oubli. Il mourrait sans vouloir se sortir ni de l'alcool, ni de la mère, ni de la s½ur. Et revenait encore le nom de cette funeste s½ur - cette jeune s½ur qu'il avait quitté en même temps que sa femme, cette jeune s½ur qu'il n'avait pas pu aimer, cette jeune s½ur qui le poussait à la tristesse, cette jeune s½ur qui le poussait à la mort.

"Well you could have your choice of men
But I could never love again
He's the only one for me Jolene"


Elle l'adorait, ce vieil homme, et Jolene les avait tous à ses pieds. Elle l'adorait, ce vieil homme, et elle voulait le voir ne serait-ce qu'une dernière fois. Elle savait qu'il allait mourir, elle ne voulait que le voir mourir sans souffrance. Si seulement il pouvait oublier cette souffrance, cette souffrance qui le tuait si lentement... cette souffrance, cette déception, cette fille! Cette Jolene, si belle, si aimée, si aimable, cette Jolene dont chaque nuit elle entendait le nom, elle ne voulait que le lui ravir, encore une fois. Elle la haïssait, elle la haïssait presque autant qu'elle-même. Elle détestait tant cette beauté, qui pouvait tout avoir - et qui lui prenait tout. Elle la haïssait, elle la détestait - il aurait mieux valu qu'elle meure. Depuis sa naissance, elle ne pouvait que souhaiter que cela.

"And I had to have this talk with you
My happiness depends on you
And whatever you decide to do Jolene"


Pourtant... pourtant, c'était bien elle qui gagnait cette guerre invisible, cette guerre inconnue, cette guerre immonde: c'était à Jolene de décider ce qu'elle voulait faire de son père, et malheureusement, elle savait déjà trop bien ce qui allait se passer. C'était uniquement de sa faute, de sa faute si elle faisait des choses étranges depuis sa naissance, de sa faute si ses parents avaient divorcé. Elle aurait aimé revoir ce père chéri une dernière fois - mais elle en était sûre, elle était sûre de ce qui allait se passer depuis qu'elle avait entendu cet "au revoir" qui sonnait plus comme un "adieu". Une note, un accord: tout se répétait en vain, et la musique en vain résonnait dans la pièce. Sans même dire un mot, sans même échanger un tir, la guerre était perdue: que pouvait-elle faire, contre cette s½ur invisible et invincible?

"Jolene, Jolene, Jolene, Jolene
I'm begging of you please don't take my man
Jolene, Jolene, Jolene, Jolene
Please don't take him even though you can."


Une détonation, un silence de mort. Elle se lève, la basse à la main.

Elle l'avait pris.




Encore un. Moins long, cette fois, d'accord, toujours pour un forum - la fiche est liée et en effet, sans le forum on doit pas pouvoir comprendre grand chose ^^" enfin bon, je m'en excuse u_u Bon, pour faire simple, c'est un mixe de harry potter et des X-Men, allez faire un tour si ça vous plait: il s'agit d'Atlantis, amusez vous bien. Allez voir aussi la fiche de Jolene, c'est cell qui est liée à la mienne (je la mettrai peut-être plus tard)

Bon, voilà pour le contexte de l'histoire; mon petit mot à moi c'est surtout de dire que je me suis bien marré à faire cette fiche, et que pour une fois le perso est pas trop chaud à jouer. D'accord, je le joue lentement, mais quand même, je le joue! Enfin bref. C'est -encore - une psychotique accro à la basse, mais moins psychotique que celle d'avant. Le caractère traumatisé est plus facile à mettre en scène que le caractère fou, donc forcément c'est plus mieux marrant XD
Ah ouais, j'oubliais, la chanson c'est des Whites Stripes, je crois (ou sinon c'est juste une connerie de plus à mon actif n_n), le nom c'est ... Jolene (je sais, je fais pas dans la finesse XD). Je la préfère en live.


Edit du 12 janvier: j'ai retrouvé un avat d'Oro, une vieille ami, sensé aller avec ceci. Voilà, mis.


[voici une petite suite dans le RP que j'ai eu. Ca concerne le même personnage et c'est juste un post, mais je l'aime bien et je le garde]



*
**

Pause. Retour. Play.

Elle entre dans la salle, elle se pose, et se met à dessiner. Elle adresse un petit bonjour au prof, y'a personne d'autre dans le cours. Elle est contente et là, l'autre entre. Elle lui dit bonjour, et elle se représente. Elle dit qu'elle s'appelle -

Pause.

Et maintenant ? Elle l'a dit, elle l'a dit, c'est trop tard : elle s'en doutait, elle le savait presque mais maintenant elle doit l'admettre. C'est trop tard – on ne peut pas retourner en arrière, on ne peut pas oublier, on ne peut pas retourner en arrière et faire comme si rien ne s'était jamais passé, on ne peut plus rien faire. Il va falloir assumer, vivre, et se perdre. Vivre ! C'est si vain, elle qui n'a plus rien, elle qui n'est plus rien ! Et pourtant, pourtant ... Elle ne va quand même pas essayer de se tuer pour ça, elle ne peut pas le faire. Et de toutes façons, elle n'en aurait pas le cran, de toute façon, ça ne servirait à rien ! A rien ! à rien. L'envie de vomir monte, on ne sait plus ou se mettre, on se sent mal, on veut partir – on veut partir n'importe où pourvu qu'on ne voit pas l'autre. Que doit-on faire alors ? Oublier ? Retourner en arrière, et espérer que ça change ? et qu'est-ce qu'on peut faire ? Elle l'a dit, c'est trop tard : maintenant qu'elle a parlé, maintenant qu'elle à confirmé ses doutes, l'autre ne peut plus que se sentir perdue. Elle est morte, elle est tuée : elle a parlé, elle a dit un mot de trop et maintenant elle ne peut plus que la haïr. Trop tard – trop tard, on ne peut plus rien faire.

Retour. Play.

Elle entre dans la salle, elle se pose, et se met à dessiner. Elle adresse un petit bonjour au prof, y'a personne d'autre dans le cours. Elle est contente et là, l'autre entre. Elle lui dit bonjour, et elle se représente. Elle dit qu'elle s'appelle –

Pause.

Foutu.
C'est foutu. Et qu'est-ce qu'on doit faire, hein ? Qu'est-ce qu'on doit faire, elle n'est plus ce qu'elle devait être ? Elle avait voulu que la fille soit une garce, une salope, une bâtarde, une pute, n'importe quoi – mais il fallait que ce soit de sa faute, que tout soit de sa faute – elle, elle ne pourrait pas porter ça toute seule. Jolene n'était pas la Jolene qu'elle devait être – les boucles brunes comme flamboyantes, les yeux verts comme des émeraudes, la voix de printemps : tout ça ce n'était que du vent. Elle n'avait pas tout pris : on lui avait tout sacrifié, on avait fait d'elle une idole, qu'il fallait aimer, qu'il fallait haïr. Et maintenant ? Et maintenant, qu'est-ce qui lui restait à faire, face à Jolene qui n'était pas Jolene, face à Jolene qui une fois encore la rabaissait, face à Jolene – qu'elle-même ne pouvait pas détester ? Elle ne pouvait pas tout supporter seule. C'était trop dur – c'était foutu. Un goût amer dans la bouche ; elle s'appelait Brann ! Elle s'appelait Jolene Brann, et d'un coup, tout était foutu, et d'un coup tout s'effondrait. Elle avait haï une fille qu'elle ne connaissait pas, elle avait détesté une fille qui n'avait rien que d'adorable, elle avait détesté quelqu'un qui n'était pas celle de ses cauchemars, elle l'avait haïe – et maintenant ? Un goût amer dans le c½ur – la nausée dans la bouche, elle était perdue, et tout s'effondrait. Encore une fois, tout s'écroulait, encore une fois elle n'avait plus rien, encore une fois, encore une fois, encore une fois ! Elle avait l'impression de tourner en rond, et ce n'était plus la peine de s'acharner, il fallait lâcher prise : elle avait mal au c½ur, et elle ne pouvait plus regarder la gamine en face. Tout était à terre, tout s'était écroulé : elle ne savait plus que faire, elle se savait perdue. Et puis l'envie de rire, d'un rire jaune, qui prenait sa gorge comme l'amer prenait son c½ur : c'était si vain, c'était si bête tout cela : elle n'avait rien d'autre à faire que la haïr et ne pouvait s'y résoudre, elle n'avait rien d'autre pour vivre que des chimères et voilà qu'elles partaient. Elle avait envie de rire – ou de pleurer, son sort était si vain, si vide. Que la mort la prenne, et qu'elle oublie jusqu'à son nom : elle ne voulait plus être du même sang qu'elle, elle ne l'avait jamais voulu et ne pouvait pas le supporter. Elle avait mal au c½ur, elle avait envie de rire, elle avait envie de pleurer : que faire ? Elle ne pouvait le dire. Elle ne pouvait que se perdre, encore et toujours, dans les méandres de son âme, elle ne pouvait qu'attendre, elle ne pouvait que chercher à comprendre – mais en fait elle savait bien : elle ne pouvait que l'haïr. Tout ce qu'elle avait fait, tout ce qu'elle avait dit, tout ce qu'elle avait voulu, tout ce qu'elle avait souhaité, elle, Lenore : tout ça lui semblait sacrilège. Elle avait cédé à ses caprices, elle avait décidé de sympathiser, elle l'avait suivie – et pour quoi ? Pour ça ? Son sort était si vain, si vide, et elle tournait en rond, s'épuisant toute seule à se trouver une réponse. Et puis elle voulait encore rire. Elle était si lamentable, à s'agiter comme ça, à croire son dilemme profond, à vivre ses instants comme un poisson vit hors de l'eau, à espérer en vain et à attendre une désillusion qui venait d'elle-même. Elle était ridicule à se croire comme un être en profondeur : ce n'était qu'une misérable larve, un petit poisson dans les dents d'un requin, une petite saloperie de plus ou de moins qui se noyait dans les problèmes qu'elle avait. Elle était si détestable, à vouloir à tout prix haïr cette fille qui n'avait rien fait : elle était détestable à s'acharner sur elle qui n'avait rien fait. Et les pensées l'accusant, défilaient dans sa tête : et les mots qu'elle avait pour s'insulter elle même étaient de plus en plus nombreuses. Elle se sentait ridicule, elle se sentait vaine, elle se sentait stupide – elle se savait perdue, à quoi bon s'agiter encore ? Et que faire de toute cette haine qui l'envahissait ? Elle se détestait, elle n'était rien qui eu valu la peine d'être regardé.

Retour. Play.

Elle entre dans la salle, elle se pose, et se met à dessiner. Elle adresse un petit bonjour au prof, y'a personne d'autre dans le cours. Elle est contente et là, l'autre entre. Elle lui dit bonjour, et elle se représente. Elle dit qu'elle s'appelle Jolene Brann. Les autres élèves entrent, un à un. La prof dit qu'elle aime bien chanter, plus que la musique, parce que c'est plus simple. L'autre fille se perd dans ses pensées, puis elle finit par se rappeler la question.

Pause.

Pourquoi elle s'est mise à la basse ? Elle ne sait pas si elle veut le dire. Elle ne sait pas si elle va jamais le dire – à côté d'elle, à côté de cette Jolene Brann. Elle s'en souvient très bien, pourtant : ce n'est pas le problème. Juste elle ne peut pas l'avouer, elle ne peut pas dire pourquoi. Elle l'avait fait pour oublier – certain se soûlent à la bière, elle c'était la musique. Elle avait joué en boucle les mêmes morceaux, elle avait appris par elle seule à jouer – elle avait fait comme elle avait voulu, elle avait joué jour après jour, elle avait travaillé nuit après nuit ce qu'elle savait faire, elle avait appris en s'écoutant et en écoutant la radio –elle s'était soûlée à écouter encore et encore les fautes qu'elle faisait avec sa basse – elle avait passé des mois et des semaines seule dans le noir, jouant assez fort pour ne plus entendre les cris du père, elle avait joué, encore et encore, pour oublier, pour espérer s'en sortir, pour jouer et pour se noyer dans la musique, pour se perdre ! pour se perdre là où elle ne rencontrerait jamais personne. Et est-ce qu'elle dirait ça ? Est-ce qu'elle irait leur raconter, à eux tous, ce qui l'avait poussé à attraper une basse ? Est-ce qu'elle allait leur raconter pourquoi est-ce qu'il gueulait soir après soir ? Elle avait presque honte de cette lâcheté qu'elle avait eu – elle s'était enfuie avec sa basse, elle s'était enfuie loin de ses cris avec sa guitare à quatre cordes – car c'était le seul endroit où elle pouvait s'enfuir. Et encore elle s'enfuyait, elle préférait repenser au passé plutôt que de se rappeler le présent. Elle savait belle et bien qu'elle ne pourrait jamais rien dire de ça, à qui que ce soit – elle en avait trop honte, et elle préférait encore se terrer dans cette vieille honte qu'elle connaissait plutôt que de penser à cette Jolene qu'elle ne connaissait pas. Elle aurait voulu la haïr ! Elle aurait voulu se sortir de ses pensées, mais d'elle qu'elle tentait d'oublier, encore et encore elle se traitait de lâche, de couarde, de peureuse, elle se disait qu'elle n'avait aucun courage, qu'elle n'était qu'un déchet, qu'une saloperie de plus et que de toute façon, elle pouvait toujours fuir – elle pouvait toujours fuir comme elle l'avait fait, mais ça ne servait à rien. Plus cette fois. Cette fois, il allait falloir faire face, maintenant ou plus tard : cette fois, il allait falloir assumer. Elle ne voulait pas ! elle aurait préféré encore se tapir dans la musique, se perdre dans cette musique, elle ne voulait pas la voir. Qu'est-ce qu'elle aurait eu à lui dire ? « Crève salope », « va morfler la naine », « je te hais » : à quoi bon dire tout ça ? Elle ne savait pas ce qu'elle aurait pu lui raconter, elle ne savait plus ce qu'il aurait fallu faire. Et elle voulait laisser tomber, elle voulait arrêter de se prendre la tête avec ça : elle se sentait perdue, seule et vaine, et encore, elle avait l'impression de se répéter, et encore et encore. Elle avait mal au c½ur toujours, elle avait envie de pleurer toujours, elle avait envie de rire encore : ballottée dans ses sentiments, elle aurait voulu tout arrêter, pour ne plus souffrir. Elle aurait voulu se soûler ! Encore, encore boire, jouer, et oublier. Boire parce qu'elle ne voyait pas quoi faire d'autre pour vraiment se soûler. Jouer parce qu'elle ne voyait pas quoi faire d'autre en cet état. Et oublier ! ce n'était que ce qu'elle voulait. En quelques minutes, Jolene avait tout détruit., en quelque secondes, il ne restait plus que des cendres de tout ce qu'elle avait érigé. Et toujours, elle avait envie de rire, de pleurer, de vomir – et de prendre sa basse et d'enchaîner les notes. Elle voulait s'oublier là-dedans, elle voulait simplement jouer et aligner les accords, elle voulait se perdre dans la suite de sons. Elle avait mal au c½ur, elle avait envie de vomir : malgré la nausée, elle aurait joué si elle le pouvait. Mais elle ne pouvait pas ! Pas devant elle. Pas maintenant. Pas dans cet état, pas devant ces inconnus – et qu'est-ce qu'elle faisait là ? Elle ne se sentait pas de rester devant tous ces gens qu'elle ne connaissait pas, elle ne se sentait pas de les écouter jouer : elle n'avait qu'une envie, ne pas être là. S'enfuir, s'enfouir loin de tous les regards, ne plus être qu'une bête sans peur et sans craintes : elle voulait partir loin d'eux, elle voulait arrêter de se torturer l'esprit avec des petits riens. Et elle ne savait où errer encore, encore – elle ne voulait que toucher les cordes de sa basse, et laisser tomber ce putain de cours. Et à côté d'elle, la gosse pépiait, encore, insouciante et innocente. Bordel ! Qu'est-ce qu'elle devait faire ?

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# Posté le mercredi 16 janvier 2008 15:42

Modifié le samedi 17 octobre 2009 12:17

Hveörungr

L'oiseau de papier vole, doucement, porté par un léger vent - et dans la petite brise fraîche, il s'avance lentement, presque royalement. Mais peu à peu, il brûle, et la cendre tombe, encore à moitié portée par le vent.

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* *

Je me souviens encore des yeux qu'elle avait. Bleus, profonds, réfléchis, calmes: brillait au fond d'eux cette étincelle qui vous fait croire que la vie est belle. Ces deux yeux, ils me comblaient de bonheur, et le bonheur s'en allait avec eux. J'avais envie de contempler ces yeux, ses yeux que je chérissais tant! Et je l'ai suivie, jour après jour, la fixant à chaque fois que ses yeux se posaient sur moi. C'est vrai, j'ai dû l'aimer, mais maintenant il est bien trop tard pour quoi que ce soit. Je ne veux même pas de son cadavre, car quand je le regarde, ces deux yeux voilés ne me rappellent rien de leur splendeur d'antan. Ils ne m'évoquent que la mer polluée, sale et maladive; je les hais, ces yeux!
Et du fond de leur orbites, ils me fixent, comme s'il m'accusaient - mais ils ne m'accusent pas! je ne vois que leur indifférence. Et ces deux yeux que je chérissais, ils ne me font même pas pitié.
Cependant... cependant je n'oublie pas. Je n'oublie pas comment ça a commencé, comment ça a fini, et pourquoi. Je ne comprends pas - je ne comprends rien aux autres, ils sont si étranges - je ne comprends pas ce qui lui est passé par la tête. Elle avait pourtant l'air différente, dans la neige et dans le froid! Dans la mer, elle avait l'air quelconque, comme toutes ces filles qui se noient. Je me souviens, pourtant, ce qui c'était passé dans le béton et dans la neige...

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Une flamme au bout de ma page! Brûlons, brûlons ce livre maudit! Brûlons ce livre qui l'a tué! Brûlons cet homme qui l'a légué! Brûlons-le si personne ne peut le lire! Et je déchire ces pages pour en faire des oiseaux. Qu'il vole, le feu sacré!

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Elle s'appellait S------- - un nom étrange, mais pas plus que le mien - et elle avait les yeux bleus. Pas de ce bleu quelconque, froid, que tous les norvégiens ont, c'était le bleu de la vraie mer. Pas le bleu froid du ciel - le bleu sombre de la mer, quand elle se démonte et qu'elle montre sa colère. Et je voguais sur ces yeux, ces magnifiques yeux! De plus, elle était respectable - contrairement à bon nombre de gens, elle respectait l'ordre établi. On s'est connu comme ça: je faisais maintenir l'ordre aux fonds de mes ghettos pourris, et elle, elle le respectait. Je la voyais de temps à autre, perchée à sa fenêtre: elle regardait mes troupes passer, et elle applaudissait. Et je la saluais, dignement, avant de passer mon chemin. J'aimais tant ses yeux! j'aimais tant que je les saluais presque chaque jour.
Un jour, elle est descendue de sa fenêtre. Elle voulait simplement nous voir - me voir? en ce moment, j'aurais aimé que ce fut vrai! - nous voir de plus près. Elle m'a tendu un simple foulard blanc, et ce jour-là, elle n'a pas applaudit. Elle m'a seulement dit de le ramener; pour ces deux yeux, j'aurais tout fait! Je crois que je l'aimais, et que je l'aimais follement: maintenant, je ne l'aime plus, et j'ai beau la regarder, elle ne m'a plus l'air désirable, elle ne m'a plus l'air belle. Je la vois comme elle est: amincie par la pauvreté, affamée, triste, sale. Elle est si sale! je ne peux plus aimer quelque chose de si laid, de si hideux!

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* *

Brûle, brûle, et vole, oiseau! je ne veux pas voir tes cendres tomber, car elle tombe sur sa longue robe bleue. Et je ne veux pas penser à elle. Déchire une autre page, plie! oublie-la!, crie mon âme - et je plie un autre oiseau. Brûle, brûle, et vole, oiseau!

*
* *

Je lui ai rendu son foulard. Mes 'troupes' irrégulières étaient partie, et je le lui ai rendu. De blanc il était devenu rouge - mais ces couleurs étaient si fades quand je regardais ses yeux: pour ces yeux, j'aurais tout fait. J'aurais renié père et mère, j'aurais tout renié pour elle.
Non, il restait une seule chose que je ne pouvais pas renier: L----. C'était lui qui m'avait montré la voie de l'Inomable, et c'était par sa bouche que j'avais entendu Ses mots. Lui, cet étranger, cet est-européen, ce moins que rien: il m'avait tout montré. Il m'avait fait comprendre le pourquoi de ce système, il m'avait fait découvrir la saveur de l'Innomable et de l'interdit. Il m'avait fait comprendre tant de chose, et encore plus - et même s'il ne devait mériter que la mort, cet étranger qui ne comprennait pas, cet inadapté au regne humain, même s'il devait mériter la mort, il resterait encore et toujours celui qui avait mis l'Innomé dans ma vie.
L----, que je n'ai jamais connu, L---- est maintenant à mon bras droit, et je le hais toujours autant, et il me parle toujours de l'Innomé. Je ne l'aime pas, je ne peux pas l'aimer: il est tellement différent. Prophète de malheur, tu seras haï dans ton propre pays; prophète de l'Innomé, je te haïrai toujours, prophète de l'Innomé, je te hais.

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Brûlez tous! Adam, Eve, Abraham, Caïn, Abel, Isaac, Jacob, Noé, Moïse, Ezekhiel, Nathael, Isaïe, Jean, Jacques, Paul, Simon-Pierre, Mathieu, et vous autres! Pas même Judas ne restera, brûlez et volez! Brûlez et volez, et de la cendre que vous avez été, redevenez cendre! Brûlez tous!

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Quand m'a-t-elle regardé comme je l'ai regardé? Je ne sais pas. Mais elle m'a aimé, comme je l'aimais sûrement, avec autant d'ardeur, et des yeux bleus comme la mer, et un sourire que je ne revois plus. Elle croyait comme moi dans l'Âme, elle croyait bien, et elle avait confiance. Et dans mes ghettos pourris, c'était elle, ma lueur, celle qui me disait chaque jour que je pensais normalement, comme il fallait penser. C'est grâce à elle que je me suis hissé jusqu'ici - et c'est en mémoire de ses yeux bleus que j'irai encore plus haut. J'irai encore plus haut pour la jeter encore plus loin, et je mutilerai ses deux yeux bleus, ces yeux innomables, ces yeux que j'ai aimé! Elle n'est qu'une mécréante, et elle ne comprend pas la voix de l'Innomé. S-------, - l'ai-je seulement aimé? - S-------, énigme que je ne comprend pas, mécréante et pourtant celle qui me comprend! Elle n'a pas su comprendre le dernier secret.
Et tu ne méritais pas tes yeux, ces yeux de déesse: tu n'es qu'un monstre aux beaux yeux, et je ne veux même pas voir ton cadavre! Je t'ai tuée de mes propres mains, toi qui ne comprennais pas Dieu et ses raisons! Toi l'hérétique, incapable de comprendre l'oeuvre du seigneur, je t'ai assassiné - et aujourd'hui, je brûle cette bible qui m'a tout enseigné, et demain, j'irai mutiler tes yeux bleus.

*
* *

Brûlez, brûlez! Lambeaux de mon âme, brûlez tous! Volez en espérant atteindre l'horizon - et brûlez sans dépasser ma fenêtre! Oiseaux de feu, flambez! Brûle, Sleipnrr! Toi que j'ai aimée! Brûle, Losje! Nouveau prophète que je hais! Brûle, Bible, si personne ne veut te lire! Brûlez, brûlez! Lambeaux de mon âme, brûlez tous!



Encore un texte, bah oui u_u faut s'y faire. Celui-là est pour le forum Pandore. A vrai dire, c'est surtout une ébauche même si je dois dire que je l'aime bien.

# Posté le mercredi 16 janvier 2008 16:03